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Les bienfaits du rirearticle paru en juin 2004 dans
Savez-vous que vous portez en vous une puissante panacée, gratuite et universelle, combinant un euphorisant naturel, un soutien thérapeutique infaillible et un outil de réussite sociale? Le rire est tout cela à la fois. Une thérapie à nulle autre pareille...
PAR GENEVIÈVE NADEAU
S’esclaffer, rire aux larmes, rigoler, se dilater la rate, se bidonner: il existe autant d'expressions associées au rire que de raisons de rire. Et ces dernières années, on a vu croître un intérêt scientifique pour ses vertus thérapeutiques. A-t-on découvert une nouvelle panacée? En vérité, les guérisseurs égyptiens et grecs utilisaient déjà, il y a plus de 4 000 ans, des méthodes semblables à celles utilisées de nos jours pour intégrer le rire à la guérison. « Un coeur joyeux guérit comme une médecine, mais un esprit chagrin dessèche les os», peut-on lire dans la Bible, le premier ouvrage médical de l'humanité. De leur côté, les grandes médecines traditionnelles ont toujours accordé une place de choix à l'humour. D'ailleurs, les huit immortels de la tradition chinoise ne sont-ils pas représentés en permanente hilarité? Plus près de nous, il existait autrefois chez les Amérindiens des clowns guérisseurs dont la fonction était d'éveiller le rire jusqu'à ce que les esprits responsables des maladies s'enfuient. Si le rire a de tout temps été considéré comme un élément de guérison, à tout le moins comme un phénomène de libération, l'hilarité n'a pas toujours fait l'unanimité. En Occident, il a longtemps été perçu comme une expression des bas instincts de l'humanité. Aussi absurde que cela puisse paraître, rire en public n'est socialement acceptable sur le vieux continent que depuis moins de 200 ans! Il est pourtant difficile d'identifier une manifestation plus naturelle que le rire. Il s'agit chez les nourrissons du premier phénomène social, alors que l'enfant commence à répondre dans le deuxième mois de sa vie aux sourires de sa mère et de son entourage. L'enfant rit bien avant de parler; ainsi, on peut dire que le rire est inné alors que le langage est résolument culturel.
Quelques minutes de rire joyeux induisent autant de détente que 45 minutes de relaxation et ont des effets qui se prolongent
Le neurologue Henri Rubinstein a travaillé pendant plusieurs années sur l'intégration du rire à des fins thérapeutiques. Dans son ouvrage sur la psychosomatique du rire, paru en 1983, il introduit ainsi le sujet: « II faut faire confiance à la sagesse des nations qui proclament la nécessité et les plaisirs du rire, comme il faut faire confiance à la sagesse du corps qui a les mécanismes du rire inscrits en lui. La nature est toujours économe et l'on ne connaît pour ainsi dire aucun organe ni fonction inutile dans l'espèce humaine. L'existence même du rire prouve donc qu'il est nécessaire. » Il rappelle par ailleurs que l'expression «le rire, c'est la santé » remonte à la nuit des temps; depuis, personne ne songe à la remettre en question! « On peut penser qu'il existe, enfoui dans la conscience humaine, un savoir instinctif de ce qui est bon pour l'individu et pour le groupe», ajoute le Dr Rubinstein.
L'ÉCLAT DU RIRE À l'heure où l'on reconnaît de plus en plus que les émotions négatives ont le pouvoir de perturber l'équilibre chimique du corps, on se plaît à croire que des émotions positives y amènent à l'inverse des changements favorables. Chose certaine, physiologiquement, le rire produit un doux brassage intérieur agissant en profondeur et sans effort. Une bonne rigolade fait travailler un grand nombre de muscles et stimule la sécrétion de substances combattant la douleur et l'inflammation. Le rire provoque par ailleurs une accélération des battements cardiaques comparable à celle que connaît un sprinter et multiplie par trois les échanges gazeux déclenchés par la respiration. L'inspiration est ainsi plus ample, la pause respiratoire, plus longue et l'expiration prolongée permet de vider complètement les poumons de leur réserve d'air. Il s'agit d'une excellente rééducation pulmonaire pour les gens souffrant de troubles respiratoires. Une bonne séance de rire aide en outre à contrôler les crises d'asthme et favorise l'élimination en provoquant des contractions intestinales. Son champ d'action s'étend à la lutte contre le stress et l'insomnie, puisque le rire rétablit l'équilibre du système nerveux et élimine la tension interne accumulée. Au sein des couples où l'acte sexuel est trop souvent sérieux et laborieux, le rire favorise l'érection chez l'homme et la réceptivité sexuelle chez la femme. De plus, une étude publiée en 2002 par des chercheurs de l'Université Irvine, en Californie, démontre que le simple fait de penser à son Bref, les bienfaits physiques du rire sont incontestables: quelques minutes induisent autant de détente que 45 minutes de relaxation et ont des effets qui se prolongent jusqu'à 12 heures après l'hilarité.
UNE DÉSINTOXICATION MORALE «On peut, en riant, fabriquer son propre Prozac », atteste le Dr Rubinstein. De fait, cet euphorisant naturel s'avère un remède incontesté contre le mal-être. Les psychologues utilisent l'humour pour briser les résistances, le rire spontané étant à la fois un véritable exercice de détachement et un formidable exutoire à toute forme d'agressivité. L'individu qui rit synchronise les deux hémisphères de son cerveau, rétablissant ainsi l'équilibre entre la logique et les émotions. Le rieur a des yeux plus brillants que la moyenne, possède un meilleur contrôle de son environnement et dégage une plus grande confiance en lui. Par conséquent, son entourage est plus porté à lui faire confiance et à solliciter son avis.
Le rire développe l'imagination et la créativité de l'enfant, désamorce son agressivité et facilite la communication entre élèves et enseignants.
« GAI RIRE » En 1978, le journaliste américain Norman Cousins a vécu une expérience qui a suscité un énorme engouement pour la thérapie par le rire. À un stade avancé d'une maladie chronique dégénérative, en effet, le journaliste a constaté qu'il dormait mieux et souffrait moins après avoir visionné une comédie des Marx Brothers. Alors que les médecins lui donnaient une chance sur 500 de guérir complètement, Norman Cousins s'est remis sur pied en quelques semaines. Dans son livre La Volonté de guérir, il octroie une bonne partie du crédit de sa guérison au rire. Plus récemment, la sortie d'une comédie romancée sur le médecin américain Patch Adams a fait connaître au grand public la thérapie par le rire. Depuis, l'intérêt de la population et des praticiens de la santé pour l'intégration du rire dans l'approche thérapeutique ne fait que croître. Aujourd'hui, un peu partout dans le monde, des clowns sillonnent les hôpitaux, au grand plaisir des petits et des grands malades. Les projets intégrant activement le rire en milieu hospitalier sont de plus en plus nombreux. À l'Université de Californie, le programme Rx Laughter, premier projet de cette envergure, utilise l'humour et le rire chez les enfants et les adolescents gravement malades. Il consiste à intégrer à la thérapie des jeunes patients hospitalisés des films et des séries télévisées comiques. Dans le service d'isolement critique d'hématologie et d'oncologie pédiatrique, les enfants peuvent désormais rire ensemble en regardant le même film chacun dans sa chambre. Cette méthode a eu des répercussions concrètes au Canada. Il y a quelques années, un centre d'humour a été mis sur pied à l'Hôpital général d'Ottawa pour les patients souffrant de cancer en phase avancée. Il s'agissait d'un concept très simple, alliant divers ateliers et un répertoire de vidéocassettes burlesques. Récemment dissous pour des raisons budgétaires, le centre a toutefois permis d'observer des résultats intéressants. La qualité de vie des patients participants s'était améliorée par la diminution significative de la consommation de morphine et d'antidépresseurs, tandis que les cas d'insomnie s'étaient raréfiés. Si le projet d'Ottawa est chose du passé, plusieurs membres du corps médical québécois se font actuellement les porte-étendards de l'intégration du rire dans l'approche thérapeutique. À Rouyn-Noranda, le directeur général du centre hospitalier, Jean-Luc Tremblay, s'est donné pour mandat de faire du rire une composante du quotidien des patients et de son personnel par l'intermédiaire notamment de blagues déposées dans le plateau contenant les repas des patients. De son côté, le Dr Jean Drouin, entre autres professeur-clinicien au Centre hospitalier de l'Université Laval (CHUL) et président de l'Association de santé holistique du Québec, fait du rire un allié de taille dans sa pratique depuis plus de 20 ans. Bien qu'il lui arrive de prescrire une bande dessinée marquante de l'enfance ou une babiole provenant d'une boutique de farces et attrapes, il précise que l'utilisation du rire peut se faire de façon beaucoup plus subtile. «L'humour, ce n'est pas nécessairement se rouler par terre ou porter un nez rouge. Cela peut aussi passer dans un regard, un sourire vrai. Il faut savoir l'utiliser avec parcimonie. Alors qu'il n'a pas sa place dans les grands drames, il peut être fort utile quand un individu commence à s'enliser dans une maladie chronique, quand il n'éprouve plus de plaisir dans la vie ou qu'il s'en va vers la dépression. »
RIRE SANS RAISON Le neurologue Henri Rubinstein, qui a étudié le rire sous toutes ses coutures, insiste sur l'importance de placer les individus en situation de «fabricants du rire » et non en tant que simples spectateurs afin de maximiser ses bienfaits. Pourtant, au quotidien, les spectacles d'humour et les émissions télévisées nous assignent souvent un rôle passif. Un généraliste indien nommé Mandan Kataria a remédié à la situation, il y a une dizaine d'années, en créant une méthode de «rire sans raison» qui place chaque individu en position de générateur de rire. Après avoir élaboré un catalogue d'expressions et de sons cocasses stimulant le rire à partir d'exercices de respiration propres au yoga, le Dr Kataria a fondé son premier club de rire dans un jardin public de Bombay. Le Club de rire des Amériques, créé à Montréal il y a environ un an, est l'un des 1 300 regroupements inspirés de la philosophie du Dr Kataria aujourd'hui essaimés dans le monde. Les ateliers bihebdomadaires de rire, qui attirent leur lot de curieux et d'habitués, intègrent aux exercices de yoga du rire des jeux spontanés et des exercices de relaxation. En ces lieux, pas question de blagues ou de pirouettes: le sens de l'humour n'y est pas spécialement sollicité. En toute simplicité, on passe d'un exercice à un autre, toujours en accordant une place primordiale à la communication par le regard et par le rire avec les autres participants. Le rire graduel, le rire tout en voyelles, l'accolade du rire, les séances de rire libre, on force le rire jusqu'à ce que l'effet crée la cause et que le rire artificiel devienne naturel. Et après une bonne crise d'hilarité, on prend évidemment le temps d'en ressentir les bienfaits physiologiques.
Le rire provoque une accélération des battements cardiaques comparable à celle que connaît un sprinter et multiplie par trois les échanges gazeux déclenchés par la respiration.
À l'opposé des enfants qui rient facilement sans raison particulière parce qu'ils ont peu d'inhibitions, les adultes ont souvent à leur première visite une telle peur du ridicule qu'ils ont de véritables blocages à laisser aller leur folie. Michel Abitol, humoriste et fondateur du Club de rire des Amériques, présente ainsi le remède à ce phénomène: «Quand on lâche prise, quand on n'a plus peur d'être ridicule, qu'on se laisse aller et qu'on rit, on fait tomber une terrible barrière qui nous empêche d'être proche de nous-même et des autres. Les rapprochements sont ainsi beaucoup plus naturels et plus faciles. Plus important encore, quand on est capable de rire de soi et de se tourner en dérision, il est beaucoup plus facile de rire du reste... »
LE RIRE CROÎT AVEC L'USAGE Si le rire a clairement fait ses preuves sur les plans social et médical, pourquoi persistons-nous à en limiter l'usage quotidien? Encore de nos jours, le rire est mal perçu dans les écoles, lieu de sérieux par excellence. Pourtant, il développe l'imagination et la créativité, désamorce son agressivité et facilite la communication entre élèves et enseignants. En milieu de travail, c'est l'élément par excellence pour créer une ambiance de travail saine, favoriser l'efficacité et la solidarité et diminuer le taux d'absentéisme. En 1939, on a calculé que les Français riaient environ 18 minutes par jour. Une moyenne qui a chuté au fil des décennies pour n'atteindre que six minutes par jour en 2000. Devrons nous, à l'instar d'Henri Rubinstein, réclamer la commercialisation du protoxyde d'azote, mieux connu sous le nom de gaz hilarant, ou sommes-nous encore capables de réapprendre le rire spontané, à son état le plus pur, par nous-même? Tout en reconnaissant que le rire n'est pas une thérapie en soi mais une hygiène de vie globale, il est temps de se réapproprier cet allié universel, totalement gratuit, et dont le seul effet secondaire est d'être... contagieux!
RESSOURCES
La
Psychosomatique du rire
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